Désignant un ensemble de techniques de modification du climat pour lutter contre le réchauffement climatique, la géo-ingénierie est de plus en plus présente dans les milieux scientifiques, médiatiques et diplomatiques. Son développement progressif soulève des controverses majeures, notamment liées aux risques et aux enjeux de justice soulevés par ces techniques. Parallèlement, l’absence de régulation internationale claire et la montée en puissance d’acteurs étatiques et privés alimentent des tensions géopolitiques. A l’échelle internationale, le caractère controversé de la géo-ingénierie peut ainsi devenir un réel facteur de rivalités et de conflits internationaux. Marine de Guglielmo Weber, chercheuse à l’IRSEM, analysera ces controverses et leurs implications sécuritaires dans le régime climatique mondial.
Géo-ingénierie : de la controverse au conflit
00:00:20 La géo-ingénierie est définie comme toute modification intentionnelle et à grande échelle de l’environnement visant à lutter contre les changements climatiques.
00:04:22 Au début du XXe siècle, des scientifiques imaginaient paradoxalement de réchauffer la planète pour éviter une nouvelle ère glaciaire. Les années 1940-1960 marquent un « âge d’or » de la géo-ingénierie militaire avec des projets comme le « Sun Gun » (miroirs spatiaux) ou l’opération Popeye au Vietnam, où les États-Unis ont tenté de manipuler la météo et la mousson pour entraver les mouvements ennemis.
00:10:24 Face au rejet public des manipulations environnementales à des fins guerrières, la convention ENMOD est ratifiée en 1976 pour interdire l’usage hostile de ces techniques. Dans les années 1980, avec l’émergence de la gouvernance climatique, la recherche se réoriente : les outils autrefois militaires sont récupérés pour tenter de freiner le réchauffement climatique global.
00:13:31 La géo-ingénierie entre aujourd’hui dans une phase de normalisation accélérée, portée par des instances comme la Climate Overshoot Commission. Le rapport de 2023 propose la stratégie « CARES » (Cut, Adapt, Remove, Explore), intégrant officiellement le retrait du CO2 et l’exploration de la géo-ingénierie solaire (SRM).
00:16:03 Cette première famille de techniques traite l’aspect « chimique » du problème en aspirant le carbone déjà présent dans l’atmosphère. Elle inclut des solutions biologiques (reboisement massif, fertilisation ou alcalinisation des océans) et des solutions industrielles, comme la capture directe du carbone.
00:19:33 La SRM s’attaque au volet « thermique » en cherchant à renvoyer une partie du rayonnement solaire vers l’espace pour refroidir artificiellement la Terre. Les pistes explorées incluent l’éclaircissement des nuages marins, l’injection d’aérosols soufrés dans la stratosphère ou même le déploiement de miroirs spatiaux, une vision futuriste activement promue par certains acteurs de la Silicon Valley comme Elon Musk.
00:23:42 Longtemps perçue comme une excentricité, la géo-ingénierie est désormais institutionnalisée : elle figure dans les rapports du GIEC et les discussions des COP. Les financements pour la capture du carbone ont explosé depuis la fin des années 2000, car de nombreux scénarios internationaux considèrent qu’il est désormais trop tard pour respecter les seuils de l’Accord de Paris sans ces technologies.<
00:29:40 Les tests en milieu ouvert se multiplient, comme en Australie pour protéger la Grande Barrière de Corail. Toutefois, ces initiatives suscitent des résistances politiques et sociales majeures, comme au Mexique où le gouvernement a interdit les expériences de la start-up « Make Sunsets » après des lancements non autorisés de ballons, illustrant les tensions entre acteurs privés et souveraineté nationale.
00:49:54 L’absence de gouvernance mondiale claire fait craindre que des États agissent seuls. Les États insulaires voient la géo-ingénierie comme un ultime recours pour leur survie, tandis que des puissances comme les USA pourraient y voir un moyen de sécuriser leurs bases militaires tout en préservant leur dépendance aux hydrocarbures.
01:00:23 Un risque majeur réside dans « l’aléa moral » : l’espoir d’une solution technique miracle pourrait freiner les efforts nécessaires de réduction des émissions à la source. Enfin, des rivalités comme celle entre l’Inde et la Chine alimentent une paranoïa autour de « l’arme météorologique », même si l’efficacité réelle de ces pratiques reste encore scientifiquement incertaine.
Dans le cadre du cycle de conférences-débats Université Ouverte de CY Cergy Paris Université.
Enregistrée le jeudi 5 mars 2026.